​Sacrée meilleure vodka du monde, la dernière distillerie de l'ile grimpe les échellons à vitesse grand V. Madame Mussard répond à nos questions : 

 

  • Vous êtes les premiers à proposer du gin, vodka et rhum à l'île de La Réunion ?

Nous sommes les premiers à proposer du gin à la Réunion. Nous y avons donc ajouté la plante spécifique de notre île, le géranium rosat. Nous sommes les premiers à fabriquer une vodka 100% locale (mais les second car Chatel a sorti sa "Next"). Mais toutes les distilleries proposent du rhum sur notre île.

 

  • Quand avez-vous débuté votre activité ?

Nous avons débuté notre activité en octobre 2020. Nous avons fabriqué nous-même le premier alambic de juillet à septembre et le second en octobre. Nous travaillions sur ce projet de distillerie depuis 2 ans déjà. Nous avons fait énormément de recherches sur tout ce qui touche à la distillation et même ce qui était en anglais, car nous n'avons pas lésiné sur les recherches.

 

  • Il faut s'armer de courage en cette période si particulière du COVID, qu'elle est la motivation principale à cette ouverture ? 

Pour être honnête, nous devions commencer en avril 2020. Tout a été repoussé à cause du Covid. Nous avons tout de même réussi à avoir notre atelier de fabrication en juin donc nous avons tout fait pour commencer le plus rapidement possible pour ne pas avoir un atelier vide dans un lieu aussi touristique que le Domaine des Tourelles. Nous n'avons pas du tout penser aux difficultés liées à la situation sanitaire. Fort heureusement, sur l'île de La Réunion, nous sommes moins coincés, donc du fait que nous sommes en 100% local, nous n'avons pas de difficultés pour la fabrication.

 

  • J'imagine des aléas, des difficultés, des retards ? 

Notre vraie complication est que nous devons faire venir nos bouteilles et nos étiquettes. Donc oui nous avons des retards mais comme nous sommes des artisans, c'est excusable. Et puis, nous sommes à 10000km de la Métropole, nous avons l'habitude d'attendre!

 

  • Comment avez-vous palié aux aléas ?

Pour l'instant, nous avons tout ce qu'il nous faut. Lorsque nous ferons du whisky et que nous ferons venir du malt (n'en ayant pas sur lîle), là cela nous prendra du temps, mais la patience est une vertu.

 

  • Un gin, une vodka, un rhum, c'est un début d'activité sur les starting-blocks. Des spiritueux 100% Réunionnais

Oh oui c'est vrai qu'on commence fort! Oui tout est 100% réunionnais. Pour la canne, on loue un "caro de canne" avec un agriculteur ; pour le gin on utilise du maïs pour l'alcool et des épices, plantes, fleurs, agrumes, racines, fraîches de notre belle île ; pour la vodka, c'est avec la patate douce du sud de l'île (Petite-Ile). Et tout cela fabriqué par 2 réunionnais pure souche : Wilfrid LEBON et Sarah MUSSARD

 

  • Quelles sont les particularités de vos spiritueux ? 

Nous fabriquons notre rhum agricole avec la canne rouge, la R-579, qui est l'une des plus sucrées de l'île. Il en ressort un rhum sucré, puissant et très aromatique.

Notre vodka, la Zot'Ka, à base de patate douce est très aromatique. Au nez on a l'impression de sentir le gâteau patate, notre gâteau "national" réunionnais. En bouche, elle est douce, suave et fine. Elle conserve bien son goût de vodka, mais elle est beaucoup plus douce qu'une vodka traditionnelle et non aromatisée.

Notre gin est très floral. Du fait que nous travaillons avec du frais, nous avons un gin floral, acidulé et très aromatique. Nous y avons mis du géranium ce qui le rend unique en son genre.

 

  • Par exemple, pour le rhum, vous avez fait le choix de presser la canne à sucre à même le champ ? Qu'apporte cette méthode ? La fermentation débute dans les heures qui suivent la coupe ? 

Alors, ce n'est pas vraiment par facilité ou par réel choix que nous pressons directement dans le champ. Notre atelier ne fait que 60m2, donc ramener 4 à 5 tonnes de canne cela fait beaucoup trop. Donc nous travaillons directement dans le champ et c'est beaucoup plus simple pour nous car l'agriculteur avec lequel nous travaillons fait de l'agriculture raisonnée donc il récupère notre bagasse pour fertiliser son champ.

La fermentation du jus de canne est très rapide. Lorsque nous arrivons à notre atelier, elle a déjà commencé. Nous faisons l'ensemensement en levure ensuite, car nous sommes dans les hauts de l'île et travailler en levure naturel nous prendrait beaucoup trop de temps.

Du coup, utilisez-vous des levures autres que les levures indigènes ? Quelle variété de canne ? Quel est le planteur ?

Alors, nous utilisons les levures indigènes et rajoutons des levures spécifiques. Nous travaillons avec 2 types de canne : la R 570 et la R 579. Ce sont les cannes les plus communes à la Réunion. La R 579, la canne rouge, est l'une des plus sucrée, c'est une hybride entre la canne bonbon et la canne verte, R 570. 

Notre agriculteur s'appelle Jean-Patrick BOYER et a son exploitation sur Ste Marie, dans les Nord de l'île. Il pratique une agriculture raisonnée.

 

  • Votre gin ? Votre vodka ? Les particularités, on connaît les rhums de l'île mais pas le gin ni la vodka, parlez-nous en ? 

Pour la vodka, elle est faite à partir de patate douce. A la Réunion, on en consomme beaucoup en gâteau ou en confiture. On a donc décidé de faire comme une confiture avec la patate, la fermenter et la distiller. Le résultat est doux, suave, fin. On a une vodka très différente et donc très particulière. Pour les connaisseurs, on a même l'impression de sentir le gâteau patate en cuisson.

Pour le gin, on a décidé de le faire tourner autour du géranium rosat qui est très aromatique. On a réussi à trouver nos épices, plantes, fleurs, agrumes, racines en frais. On a donc un gin très floral et aromatique. Il est très rafraîchissant et les arômes explosent en bouche, et le géranium arrive en fin de bouche. Il est excellent avec un "Fever Tree, Ginger Ale".

 

  • Quels sont les prochains objectifs ?

Nous allons proposer des alcools de fruits (environ 40°) : letchis, mangue poivrée, pêche verveine, maïs frais (moonshine américain et base du bourbon). Nous allons également travailler sur un whisky, il nous manque juste le stockage et les fûts. 

Plus tard nous souhaitons faire une vodka avec une autre racine typique de la Réunion et en faire de même pour le gin, en faire un totalement différent. Nous allons faire vieillir notre rhum et en fabriquer d'autres avec d'autres cannes (il y en a 13 différentes sortes à la Réunion). Nous avons ainsi de nombreux projets, et celui qui nous tient à coeur c'est le premier alcool de la Réunion : la rak ; un alcool fabriqué avec ce que les premiers habitants de l'île avaient sous la main ; nous avons déjà fais un gros travail de recherche et il ne manque plus que les essais!

 

  • Où peut-on vous trouver, acheter votre gamme ? 

Alors pour l'instant nous ne sommes commercialisés qu'à la Réunion. Comme nous venons de commencer nous n'avons pas encore la production pour l'envoi hors département. Mais dans l'année, nous travaillerons avec des partenaires qui travaillent aussi en métropole. Nous avons déjà des propositions. Nous travaillons déjà en collaboration avec La Maison du Whisky, vous y trouverez sûrement dans le cours de l'année, nos produits. 

 

  • Comment allez-vous exploiter votre médaille, votre récompense au Concours ?  

Cette médaille a été totalement inattendue, ce qui ne la rend que plus belle! Nous sommes vraiment fiers de l'avoir obtenu surtout dès le début de notre histoire! Pour l'instant, notre vodka plaît déjà énormément, mais la médaille d'or montrera à un plus grand nombre les possibilités immenses que nous avons avec nos magnifiques produits du terroir réunionnais. Qui aurait pu imaginer qu'on aurait eu une médaille d'or avec le produit que nous adorons tous à la Réunion : la patate douce! C'est une très belle réussite et nous souhaitons la partager avec les réunionnais, et bien sûr avec toutes les personnes désireuses de découvrir notre formidable terroir local.